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Congo: Des agriculteurs tirent profit du développement du marché local des pastèques

Le chapeau de paille de Bakary Fofana protège ses yeux de la lueur éclatante du soleil, mais il lui est impossible d’échapper à la chaleur. De temps en temps, il lève la main droite pour éponger la sueur de son visage. Samedi, c’est jour de récolte pour cet agriculteur de 50 ans, vivant à Ignoni-Plateaux, un village situé à environ 200 kilomètres au nord de Brazzaville, la capitale congolaise.http://wire.farmradio.fm/fr/farmer-stories/2017/10/congo-des-agriculteurs-tirent-profit-du-developpement-du-marche-local-des-pasteques-16716

Après avoir cultivé la pastèque pendant plusieurs années au Mali, son pays d’origine, monsieur Fofana s’est installé au Congo où il essaie de développer plus le marché pour ce fruit. Selon monsieur Fofana, la pastèque a plusieurs avantages. Il déclare : « C’est un fruit que je connais bien. Son cycle est très court, de la plantation à la maturité. Cela varie entre 100 et 105 jours, [soit trois à] quatre mois.»

En arrivant du Mali, monsieur Fofana a constaté que la pastèque n’était pas très présente sur les marchés du Congo, et lorsqu’il en trouvait chez des marchand(e)s, il remarquait que les prix étaient élevés. La pastèque était considérée comme un produit de luxe, et le kilogramme se vendait à plus de 1 000 francs CFA (2 $ US).

Anabelle Kouamba est nutritionniste à la base hospitalière de Makélékélé, à Brazzaville. Selon elle, les Congolais consomment les agrumes tels que l’orange et le pamplemousse, ainsi que la mangue et la banane, mais très peu de pastèque qui est riche en nutriments. Mme Kouamba explique ses bienfaits pour la santé : « La pastèque contient une quantité importante de lycopène, une sorte d’antioxydant qui diminue le risque de certains cancers tels que le cancer de la prostate.»

Elle ajoute que la pastèque contient également du potassium, ainsi que de la vitamine A et C. Ces nutriments permettent de régulariser la pression artérielle et de contrôler le cholestérol.

Monsieur Fofana s’est attelé à la tâche pour rendre la pastèque plus accessible à un plus grand nombre de personnes. En 2011, il a acheté un hectare de terre et y a planté des pastèques. Au départ, son but était de tester les conditions de culture et de rallier ses amis et sa famille.

Il récoltait 1 000 à 1 200 pastèques par mois. Celles-ci étaient initialement destinées à la consommation familiale. Il en donnait à ses amis et ses connaissances. Ses pastèques étaient juteuses et restaient fraîches pendant au moins une semaine.

Peu à peu, ses amis vinrent en réclamer plus. Monsieur Fofana explique : « Au fur et à mesure qu’ils goûtaient à mes pastèques, des gens venaient me poser des questions et me demandaient de leur en vendre. C’est là que j’ai alors eu l’idée et compris qu’il était temps de produire plus et d’en faire une activité commerciale.»

Maintenant monsieur Fofana cultive la pastèque sur trois nouveaux hectares achetés en 2015 dans le village. La pratique courante parmi les agriculteurs et les agricultrices locaux consiste à brûler la végétation, ce qui contribue à long terme à appauvrir le sol. À la place, il loue des tracteurs pour remuer la terre et enfouir les mauvaises herbes.

Après avoir labouré, il sème les graines de pastèque dans la couche arable du sol. Les mauvaises herbes enfouies servent de matière organique qui enrichit le sol, favorisant ainsi la croissance de la plante.

Avant la récolte, il loue un tracteur pour une journée, pour sarcler les mauvaises herbes, au prix de 50 000 francs CFA (90 $US). S’il n’y a pas de tracteur, il recrute une dizaine de jeunes pour sarcler, au taux journalier de 2 500 francs CFA (4,50 $US) chacun. Mais le sarclage manuel peut prendre une semaine ou plus, ce qui augmente le coût de production.

Et, parfois, les chenilles ou les criquets attaquent ses champs, causant des pertes de récoltes.

Cependant, monsieur Fofana ne se plaint pas. Il déclare : «En plus de son cycle court, c’est un fruit qui ne nous pose pas de problème. Il nous suffit juste de sarcler le sol pour enlever les herbes, puis de passer à la plantation… Ensuite, nous sarclons à nouveau pour enlever les mauvaises herbes avant de passer à la récolte au bout de trois à quatre mois.»

La production de monsieur Fofana a triplé, passant de 1 000 pastèques à plus de 3 000 par mois. Il loue un entrepôt à Brazzaville où il stocke sa récolte avant de l’écouler sur les marchés ou directement auprès de ses clients. Il livre aussi dans certains supermarchés. Il gagne au moins 2 000 000 francs CFA (3 600 $US) par mois. Il utilise une partie de ces revenus pour subvenir aux besoins de sa famille et investit le reste dans l’achat de semences, et dans ses activités avicoles au Mali.

Abdoulaye Diabaté possède un champ de pastèques d’un hectare au village de Mbamou, à environ 55 kilomètres au nord de Brazzaville dans le district d’Ignié. Il a passé six mois à apprendre les techniques de culture de pastèque auprès de monsieur Fofana, avant de s’y lancer lui-même.

Monsieur Diabaté récolte en moyenne 1 000 pastèques par mois. En fonction de la taille du fruit, il gagne 500 à 3 000 francs CFA (0,90 $ à 5,40 $US) par melon. Il affirme : « Si la récolte est bonne, je peux réaliser un bénéfice de 2 500 000 à 3 000 000 francs CFA [4 500 $ à 5 400 $US] après chaque récolte. »

Les deux agriculteurs souhaitent acheter plus de terres pour cultiver du manioc et de la pastèque. Ils espèrent vendre leurs pastèques sur les plus grands marchés de Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo, située de l’autre côté du fleuve Congo où les usines de fabrication de jus offrent un débouché pour vendre beaucoup plus de fruits.

Marien NZIKOU-MASSALA

 

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